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Accueil > Reportages > Ecole d'Aviation de Chasse : Aux commandes de l'Alpha Jet (2e partie) - (page 2/2)


 

 

REPORTAGES
 

Instructeurs

Les cadres de l'EAC sont issus de toutes les unités de l'armée de l'air : défense aérienne, attaque, reconnaissance, forces stratégiques. Dans la carrière d'un pilote recruté parmi les officiers sous contrat (OSC), on comptera en général deux passages dans les écoles pour assurer la formation. (les officiers de carrière n'effectuent pas de passage systématique dans les écoles, si ce n'est dans les postes d'encadrement)

Frank Masinski, 3000 heures de vol, pilote de Mirage 2000D à l'escadron 3/3 Ardennes, avait déjà assuré en 91 le rôle d'instructeur sur Fouga Magister. "2 vols et 4 simu assurent la transformation machine. Puis les 2 premiers mois, nous recevons notre formation pédagogique au 6ème escadron. Nous devons apprendre à exécuter tout ce qui sera demandé à nos stagiaires et nous devrons évidemment pouvoir tout démontrer. Puis nos formateurs (testeurs) nous confrontent aux comportements des élèves en jouant leur rôle. Nous sommes particulièrement sensibilisés à la sécurité des vols. Cependant notre expérience nous permet d'être en veille permanente tout en assurant nos fonctions pédagogiques. Et les élèves atteignent leurs limites bien avant nous !"

"J'ai passé autant de temps en tant que chasseur qu'en tant que moniteur… Ces deux métiers sont différents. Notre mission consiste à transformer un élève sur Alpha Jet en quelques mois et de l'emmener assez loin en vol solo. Nous sommes des guides très actifs. Transmettre le programme est une lourde tâche. Nous devons penser à tout ce que nous disons, analyser, réguler, en nous adaptant à chaque situation et à chaque élève. Mais nous avons aussi pour charge de transmettre notre passion et le goût du vol ! Pour cela, chacun à sa manière, s'investit pour ses élèves. Mais notre objectivité reste notre première qualité."

Sébastien Ramon - issu du 2/12 est à Tours depuis 1999 et totalisant 2200 heures de vol dont 1200 sur Alpha Jet - poursuit : "On demande aux stagiaires de l'école de progresser à un rythme imposé, et donc de travailler sous pression. Mais autour d'une base didactique commune, l'instruction reste la transmission d'expérience humaine. Il n'y a pas de binôme moniteur-élève fixe. Ceci favorise l'enrichissement de chacun par la rencontre de différentes sensibilités… et ainsi se crée l'esprit de groupe." Tous les instructeurs s'accordent d'ailleurs sur ce point : connaître tous les élèves est indispensable à un enseignement de qualité.

"En tant qu'enseignants, nous savons encourager ; nous savons aussi pointer les points délicats ou être plus exigeants si l'élève est à l'aise. Nous devons former un pilote que nous enverrons voler seul en toute confiance. Et si notre position est dominante, nous ne perdons pas de vue que nous formons ceux qui deviendront rapidement nos équipiers au combat !"

"Notre passage en école est aussi très formateur sur le plan personnel. Nous capitalisons également de nombreuses heures de vol profitables pour le retour en escadron ops… où nous devrons à notre tour potasser pour nous remettre dans le bain ! C'est aussi pour cette raison que nous nous sentons aussi investis dans la réussite de nos élèves, tout comme nous l'apprécierions nous-mêmes. Cela peut paraître caricatural, mais le simple sourire d'une élève après avoir surmonté une difficulté est gratifiant. Et c'est toujours une fierté lorsqu'un élève nous demande de lui remettre son macaron !"

A la fin de la journée les élèves, toutes promotions confondues - donc à plusieurs stades de la progression -, et les instructeurs - jeunes sous-chefs de patrouille sortis de Tours 3 ans auparavant, ou totalisant 15 ans de carrière et quelques missions de guerre !- peuvent se rencontrer au bar de l'escadron. Lieu d'échanges privilégiés, on peut tout y partager : parler d'avions bien sûr, s'informer sur le futur, obtenir des réponses techniques… mais aussi parler de soi, s'ouvrir, se soutenir… Avec pour tous un point commun : la conscience d'avoir un métier exceptionnel !

 

Autour de l'escadron…

Au cours de leur formation, les élèves pilotes et NOSA réalisent 30% de leurs missions sur simulateur. De 8 à 17 heures chaque jour, 10 moniteurs-simu assurent le fonctionnement de ces outils pédagogiques essentiels… et rares sont les créneaux laissés libres puisqu'ils tournent 5000 heures par an ! La mission de l'unité comprend la découverte du vecteur, l'orientation spatiale, la gestion des pannes, le vol sans visibilité… Toute mise en situation est briefée et débriefée comme le vol réel, et évaluée selon les mêmes critères. Les moniteurs disposent de 3 écrans : la représentation du visuel du pilote et la trajectoire de l'appareil par rapport au sol, et 2 copies des instruments et de l'équipement. Une interface permet de communiquer avec la machine, et toutes sortes de paramètres peuvent être programmés. Pour la formation des navigateurs, ce sont les moniteurs-simu qui commandent l'Alpha Jet depuis leur poste. "Un outil très utile, notamment pour s'habituer à l'environnement de travail et pour se préparer à réagir dans les situations extrêmes, et complémentaire du réel auquel il ne peut se soustraire", s'accordent à penser les pilotes et les personnels du service.

A Tours et Avord, d'autres passionnés ont eu le plaisir de nous faire découvrir leur travail. Il s'agit des contrôleurs aériens ! A la vigie se relaient 3 d'entre eux à 3 postes : roulage, air-sol (secteur de 10nm / 2000ft), et chef de vigie. A l'approche, 2 postes de percée avec prise en compte des appareils en limite de zone et guidage selon le type de percée défini, et 1 poste pour la montée des appareils jusqu'à leur transmission aux organismes voisins. Reste également le poste du directeur d'approche qui dispose d'une vision globale de la situation et répartit les avions.

Le contrôleur à l'instruction (après sa formation en école) est parrainé et travaille toujours en binôme. De plus en plus autonome, il est lâché progressivement pour être qualifié opérationnel. Il passera ensuite premier contrôleur, puis maître contrôleur, gagnant à chaque étape plus de responsabilités. Il pourra ensuite assurer les fonctions de chef de quart puis de chef d'équipe… Bien qu'éloignés des escadrons et isolés dans leur tour de contrôle, les rapports avec les équipages restent privilégiés et de petites visites des uns chez les autres permettent de resserrer les liens. "Travailler ensemble n'en devient que plus agréable… et efficace !", nous confient-ils.

 

Au cours de leur passage à l'Ecole d'Aviation de Chasse, les jeunes stagiaires de l'armée de l'air doivent acquérir en 110 heures de vol les connaissances théoriques et techniques qui leur permettront d'achever leur formation à Cazaux.
Qu'importent la charge de travail, les sacrifices, les remises en question… l'écoute, la compréhension mutuelle, le soutien des camarades et des instructeurs participent à franchir les épreuves.
Le point de mire : les ailes qui marquent l'accès concret à leur métier de pilote ou navigateur de combat.
Deux points communs à tous les aviateurs que nous avons rencontrés : la motivation et la passion pour une profession qu'ils savent exceptionnelle !


L'équipe Net-Aviation

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