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Pour les équipages aussi, le
souci de sécurité est sous-jacent à chaque
action. Tout d'abord dans la priorité des cibles traitées.
Il sera bien sûr privilégié la protection d'un
groupe de pompiers encerclés par les flammes en vue de leur
sauvetage, ou la protection
d'habitations isolées, voire de certaines villes menacées.
Parfois, dans ces cas, des zones classées parcs naturels
ont pu être provisoirement laissées en proie aux flammes,
attirant sur la Sécurité Civile les foudres médiatiques.
Cependant, si quatre Canadairs peuvent enchaîner rapidement
les passages, assurant leur efficacité parce que le feu n'a
pas le temps de se régénérer entre les passes,
séparer le groupe en deux rendrait chacune des attaques des
foyers inutiles, ou susciterait une perte de temps.
Les pilotes nous ont relaté quelques missions où les
quatre appareils tournaient particulièrement bien. En Corse
notamment, les zones à hauts risques d'incendie ne sont jamais
éloignées du littoral. Certains circuits écopage
- largage - écopage peuvent se dérouler dans un laps
de temps de quatre minutes. Imaginez à quatre avions, 6 tonnes
d'eau disponibles toutes les minutes pendant quatre heures durant.

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Civile
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L'écopage
Voilà qui justifie la judicieuse
conception des CL-215 et 415. Celui-ci prend contact avec l'eau
et ingère en une dizaine de secondes et un peu plus de 600
mètres, 6 000 litres d'eau ! Entre la phase d'approche et
l'éloignement de l'avion, 1 300 mètres suffisent.
Voilà pour la théorie. En pratique l'affaire se complique
un peu.
Les incendies se développent
rarement par temps calme. Les pilotes doivent composer avec le clapot,
les vagues et la houle (que les marins connaissent bien), sans oublier
le vent
L'avion peut amerrir par des creux de 1,80 mètres.
Mais ces mouvements combinés font parfois déraper
l'avion quand il ne faut pas et les appareils doivent parfois rentrer
avec un flotteur d'aile endommagé. Mais les mauvaises conditions
ne concernent pas que l'écopage : d'autres phases sont délicates
pour les bombardiers d'eau.
Des
conditions extrêmes, un entraînement adapté
Le travail des Canadairs a lieu la majeure
partie du temps en milieu montagneux, lequel est particulière-
ment exposé au vent qui attise les flammes. Les conditions
aérologiques rendent souvent les largages "sportifs",
comprenez qu'il faut toute la capacité de lecture du terrain
qu'acquièrent les pilotes pour intervenir en toute sécurité.
Car les largages ont lieu à une trentaine de mètres
du sol. En dessous, la force d'impact est telle que l'eau dévasterait
tout sur son passage. Des pompiers, dont nous saluons le courage
et le dévouement dans cette lutte inégale, y ont perdu
la vie. Au dessus de cette altitude, avec les effets conjugués
du vent relatif et de la fournaise ambiante, les molécules
d'eau ne toucheraient même pas le sol.
Mais voler si bas, même si les
pilotes ne le reconnaissent qu'à demi-mot, est très
risqué car les mouvements d'air entre les massifs retourneraient
même un avion de 20 tonnes.

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Après le largage, tirer sur le
manche ne suffit pas à faire monter l'avion qui est aspiré
vers le flanc des montagnes. La solution est de prendre de la vitesse
afin de se soustraire à l'aspiration du sol
Il suffit
de suivre les vallées. Le problème est qu'elles ne
sont souvent pas bien longues !
Les anciens savent transmettre leur savoir-faire. Ils connaissent
jusqu'au moindre caillou des régions qu'ils traitent. Selon
les conditions, les pilotes savent où passer
et surtout
où ne pas passer. Chaque mission est unique et le travail
en équipage est une garantie pour des actions sûres
et efficaces. Ceux qui ont connu le pilotage du CL-215 sont nostalgiques
de la formule " un pilote, un mécanicien navigant ".
En effet, ce dernier s'attachait aux actions à l'intérieur
du cockpit avec beaucoup de précision, il connaissait sa
machine sur le bout des doigts et jusqu'à ses plus profonds
secrets, le pilote se consacrait au pilotage.
Aujourd'hui, le copilote n'a pas la vocation à savoir tout
extrapoler de la lecture des instruments, et a tendance à
regarder dehors. Son rôle est cependant essentiel puisque
lui aussi, mais avec une autre approche que le mécano, permet
au pilote de se consacrer à faire voler le canadair en toute
sécurité et efficacité.
Les missions sont particulièrement éprouvantes. Elles
regorgent de risques avec lesquels les équipages doivent
jouer. Leur réussite dépend avant tout de l'efficace
coopération entre les membres d'un équipage.
De l'expérience ... de
la sagesse
Même si les anciens pilotes de
chasse se retrouvent aux commandes de gros bahuts bien lents et
qui ressemblent plus à des bateaux qu'à des avions,
être affecté à la Sécurité Civile
est une filière convoitée. Choisis parmi les meilleurs,
ils doivent alors tout réapprendre d'un métier qu'ils
ne connaissent pas. C'est pour eux un second souffle
qui laisse
présager d'intenses moments de pilotage dans des conditions
"viriles".
Mais le métier de pilote de Canadair
reste un métier de prudence, où chacun est assez sage
pour ne pas se surpasser, et où l'instinct et le sens pratique
acquis avec l'expérience du feu, sont un gage d'efficacité.
Les hommes qui nous ont reçus
adorent voler. Mais c'est avant tout leur pudeur, leur humilité,
leur sagesse que nous retenons de cette rencontre.
L'équipe
net-aviation
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