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Des pilotes d'exception

La mission particulière confiée aux équipages des bombardiers d'eau justifie un recrutement un peu spécial.
A l'origine, quand l'aéronavale possédait encore des hydravions, les pilotes sélectionnés pour les missions d'attaque du feu à bord des Catalinas étaient tout désignés. La Sécurité Civile a ensuite choisi de recruter parmi d'anciens marins chasseurs. Aujourd'hui, la majorité des pilotes provient de l'armée de l'Air.
Le recrutement s'effectue avec une expérience minimale de 3000 heures de vol. Pilotes aguerris certes, mais avant tout fiables, c'est-à-dire attentifs, consciencieux et motivés, quelques uns proviennent de la Patrouille de France et ce n'est pas un hasard.

Voici en exemple le profil de deux de nos hôtes :
> Yvon Tarré et Thierry Lang <

Au sein de l'unité, le cursus de formation et de vieillissement n'est figé que depuis peu de temps. Les CL-215 étaient monopilotes et employaient un mécanicien de bord et les jeunes pilotes bombardiers d'eau débutaient sur Tracker… Le manque d'expérience était parfois la cause d'accidents.
Aujourd'hui, les nouveaux sont intégrés en tant que copilotes sur Fokker F-27 et surtout sur CL-415 pour 3 ans en général (selon les départs en retraite des aînés).
Fort d'une expérience de plusieurs saisons de combat du feu, le copilote passe sur Tracker, seul à bord. Les Tracker travaillent à deux. Le pilote ne prendra le lead de la patrouille qu'après quelques saisons. C'est parfois après dix ans qu'il peut aspirer à être commandant de bord sur CL-415. Tous les pilotes n'attendent pas la même chose en terme de carrière. Certains seront attirés par le Tracker, un avion monopilote et très maniable. D'autres préféreront voler sur le fameux hydravion jaune.
Point commun à tous les hommes que nous avons pu rencontrer pendant nos quelques heures passées au sein de la Section Canadair de la Sécurité Civile à Marignane : la discrétion concernant le détail des missions.
Une chose est sûre, ils adorent leur travail. Mais peut-être par superstition, à coup sûr par humilité, et parce que simplement aussi, ça revient à parler du travail, ils ne se livrent que difficilement… pour ne dire que l'essentiel finalement !


Leur mission courante : protéger la forêt

Leur mission est simple à décrire : il s'agit d'éteindre des feux. Des images télévisées montrent souvent des largages d'eau à flanc de montagne, et les avions jaunes libérant un nuage blanc, pénétrant ou sortant d'une épaisse fumée. Image fréquente représentant la mission des bombardiers d'eau, mais loin d'exprimer tout ce qui se passe en amont.

Chaque type d'avion possède un champ d'action particulier. Tout d'abord, les Fokker, chargés aussi du transport pour le Ministère de l'Intérieur (épaulés dans cette tâche par deux Beech 200), auraient du prendre la rélève des DC6 en tant que bombardiers lourds.
N'emportant que 5 tonnes d'eau, ces deux appareils vieillissent difficilement mais sont encore en charge du guet aérien, là où les distances à parcourir sont grandes, et où le relief n'exige pas une grande mania- bilité.


©Sécurité Civile

En saison des feux, les C-130 Hercules loués avec leurs équipages aux USA, attaquent avec 12 tonnes d'eau les foyers les plus importants. Les 12 Tracker, dont 11 sont devenus Turbo Tracker , ont été "turbinisés" à l'instar des Canadairs. Par patrouilles de deux appareils, ils surveillent les secteurs à risque afin de repérer de nouveaux foyers ou de traiter les foyers naissants. Les Tracker affichent une efficacité supérieure à 80%.

Les pélicans jaunes : efficacité et sécurité

Quand le feu se développe, que les 3 tonnes d'eau des Tracker ne suffisent plus, c'est aux " Pélicans " jaunes que l'on fait appel.
Pendant la saison des feux, les équipages sont d'alerte du lever au coucher du soleil… Quand ils sont appelés à intervenir, il est fréquent qu'ils rentrent de nuit à la base avion de la sécurité Civile : la lutte contre l'incendie a lieu tant que le ciel le permet. Leur métier est fait d'attente et d'incertitude. A tout moment, l'alarme peut retentir dans les locaux. Et si hors période de feux, les vols sont rares et ne sont destinés qu'au minimum vital d'entraînement (et ce n'est jamais assez aux dires des pilotes !), les journées d'été sont très chargées.

Les Canadairs sont donc appelés sur des incendies importants, c'est pourquoi ils volent toujours par quatre en été. Dix minutes suffisent pour que le groupe prenne l'air, s'intercalant rapidement dans le trafic fluide desservant l'aéroport de Marseille - Marignane. Au moment de l'alerte, la localisation de l'incendie est souvent imprécise et la préparation du vol est donc succincte. Un cap provisoire est pris. En ce qui concerne l'axe de traitement du feu, tout dépendra du relief et de l'aérologie locale. Sur place, un chef de feu dirige les efforts combinés des moyens aériens et des moyens au sol, toujours dans un souci de sécurité.

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