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René Lussagnet, 77 ans,
est actuellement pilote de PC-6 au para club de Besançon

Nous n'avons pas résumé sa carrière sous forme de CV

Lisez plutôt l'intégralité de son parcours ci-dessous

 

C'est sur le terrain de Besançon / la Vèze que nous avons rencontré René Lussagnet. A 77 ans, c'est au para club qu'il passe une bonne partie de son temps… et en particulier aux commandes d'un Pilatus PC-6 ! Au milieu de dizaines de jeunes parachutistes en combinaisons flamboyantes, Lulu - c'est par ce sobriquet que tous le connaissent - est dans son élément.
Dans ce qui est un peu plus qu'un simple parcours de pilote, nous ne pouvons pas retranscrire toute l'émotion qui rayonne de René Lussagnet. De profonds soupirs : il est à nouveau aux commandes. Des sourires, les bons moments avec les copains. Les larmes au bord des yeux, les moments forts qui marquent la vie d'un homme. Mais toujours l'étincelle de cette passion de l'aviation et le plaisir de la partager.
"Tout gamin, j'admirais déjà les avions. J'en fabriquais en bois avec mon couteau. Et puis quand est arrivé le moment de prendre la décision de devenir pilote militaire, j'ai eu des doutes. Finalement, j'ai été secrétaire dactylo pendant 5 ans au sein de l'armée de l'air. Et puis je me suis retrouvé en Indochine où je suis tombé sur une bande de " voyous ", des copains aviateurs qui ont su me motiver… et ça a marché. A 26 ans, j'allais devenir pilote !".
A cette époque, certains pilotes ont eu l'opportunité d'être formés aux Etats-Unis. Plus mûr, non seulement du fait de la différence d'âge avec ces jeunes américains de moins de 20 ans, mais aussi à cause des enseignements tirés de la guerre, les élèves français étaient véritablement en décalage avec le système américain et ses " brimades ridicules "… " On a fini par faire avec ! ". Mais quant à parler d'aviation, la formation fut efficace.

1954, c'est la première affectation sur Mistral à la 7ème Escadre de Chasse de Bizerte, puis à la 6 EC, avec le grade de sous-lieutenant. C'est là, à partir d'Oran, que René Lussagnet a effectué un tour d'opération sur P-47, qui n'était pas encore un War Bird. Les opérations au combat ont particulièrement marqué René Lussagnet : des souvenirs forts, des souvenirs durs qui aident un homme à se construire. Mais c'est aussi le moment des premières anecdotes, sur un avion d'une conception admirable :
"Après avoir été pris à parti au-dessus de l'Algérie, le P-47 perdait de l'huile. Il n'y avait plus de risque majeur, mais quel stress… Circuit d'approche, courte finale, j'avais l'impression de faire l'arrondi de ma vie. Je n'ai rien compris quand j'ai senti la tôle toucher la piste ! Un peu perdu en vol, j'avais mis le train sur neutre et non pas sur verrouillé et j'ai posé l'avion sur le ventre. J'ai du me débrouiller avec les gars pour sortir l'appareil de la piste et la libérer pour les chasseurs qui rentraient à cours de pétrole. Une semaine plus tard, le Thunderbolt volait à nouveau !".

A Four, René Lussagnet rejoint l'escadre de chasse de nuit qui s'équipait de Gloster Meteor. Voler avec quelqu'un dans son dos (le navigateur) n'était pas naturel pour un chasseur pur, mais quelle sensation de voler à 1000 pieds et 350 nœuds dans le noir. Aujourd'hui, cela parait anodin.
Puis c'est la transformation sur Vautour, un appareil muni d'un radar performant (pour l'époque) et d'un scope du suivi pour le pilote. Autre innovation : le train monotrace et son emploi délicat (" C'est ce qu'on en disait mais finalement, il suffisait de l'arrondir comme un T-6 ! "), et surtout l'aile en flèche qui offrait à l'appareil d'excellentes performances.
"Arrivé en fin de contrat d'officier de réserve, j'ai finalement pu le prolonger en en changeant le régime. Pour être clair, je suis passé officier de carrière après avoir repris tout depuis le début. Je n'étais donc que sergent chef - titulaire de la légion d'honneur et de pas mal d'heures de vol, y compris en opérations - pour le plus grand bonheur de mes camarades. J'étais à nouveau capitaine un an après au Normandie-Niemen qui touchait ses premiers Vautours !"
René Lussagnet fut présentateur en voltige basse altitude du Vautour. Le public était très impressionné de ce gros appareil et de ses possibilités d'évolutions. Mais avec ses deux puissants réacteurs, il avait les mêmes capacités qu'un petit chasseur. "Lors d'un vol de préparation, ma gouverne de profondeur s'est bloquée à cabrer et la trajectoire n'était plus récupérable. L'éjection était impossible. Mais comme un éclair, une discussion après un combat tournoyant avec un " bleu " m'est revenue. Suivant ce qu'il m'avait dit des années auparavant, j'ai obliqué l'avion, sa configuration était bonne, nous nous sommes éjectés, et l'appareil s'est crashé un peu plus loin".

Les 7 dernières années de sa carrière, René Lussagnet les a passées à Reims. Après un passage sur B-26 pour l'entraînement à la chasse radar, il devient adjoint au chef ops, puis commandant de l'escadron de transformation à la chasse tout temps, toujours sur Vautour. C'était en 1973.

"En 1970, un copain traînait au club (civil) de parachutisme de Laon. Je l'ai accompagné et j'ai goûté au Cessna 182 que j'ai apprécié. 4 ans plus tard, nous fondions le para club de Besançon et volions sur Cessna. Nous avons acquis ensuite un modèle 207 que nous avons turbinisé".
Suite à un incident en vol, l'hélice de cet appareil s'est mise automatiquement en drapeau. Je ne l'ai pas décelé dans cette situation et la procédure de rallumage turbine ne donnait rien… puisqu'elle n'était pas éteinte ! J'étais en approche et je n'ai pas pu me poser. Dans la violence du choc, un peuplier de 50 cm de diamètre a été coupé net par l'emplanture de l'aile ! Très vite, secours et amis arrivèrent. Certains pleuraient, mais c'est presque tout ce qu'il me reste de souvenirs. A l'hôpital, j'ai beaucoup ri lorsque mon voisin de chambre, sur son fauteuil roulant, me demanda : " Vous aussi, vous êtes tombé ? J'ai répondu oui !".
Le club a alors autofinancé l'achat d'un Pilatus PC-6, qui a d'ailleurs donné un élan au centre. Aujourd'hui, c'est là que l'équipe de France de voile contact s'entraîne. Lulu est l'un des pilotes du Pilatus, sans doute le plus expérimenté !"

Le plaisir de partager et de faire plaisir ne s'exprime pas qu'avec les jeunes paras. Lulu nous a fièrement raconté l'une de ses dernières expériences. Il a récemment fait voler une " petite mamie " qui en rêvait depuis longtemps. " Si vous pouvez monter en voiture, vous pouvez monter en avion ! " lui a-t-il dit. Le plaisir de faire plaisir : la voir regarder d'en haut sa maison et réaliser un rêve, il n'en faut pas plus à Lulu.

 

 

Parcours de pilote mis en ligne le 02/08/2003
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